Chapitre 30

 

 

Le jour suivant, j’étais encore malade comme un chien et j’aurais aimé pouvoir rester recroquevillée sur moi-même dans mon lit. Malheureusement, je fus assez stupide pour répondre au téléphone quand Claudia appela – j’avais oublié qu’elle avait insisté pour que nous parlions. Je finis par accepter de la retrouver pour le déjeuner bien que je doute être en état de manger.

Je me rendrais au rendez-vous avec Raphael – et son nez redevenu normal – parce que je ne serais jamais capable de déballer a Claudia le monceau de mensonges que nous avions concoctés. Je dis « nous » mais naturellement c’était Raphael qui avait élaboré toute l’histoire. Même si nous supposions que Devon était mort, nous n’avions aucune idée de l’endroit où les démons avaient caché son corps. Nous allions donc devoir laisser Claudia penser qu’il était en cavale, possédé par un démon hostile. J’aurais préféré lui permettre de faire le deuil de son époux mais, franchement, je ne voyais pas d’autre option.

J’aimais encore moins l’histoire concernant Tommy. Nous racontâmes à Claudia que lorsque Raphael avait tenté de quitter son fils pour se transférer dans son hôte original, le cerveau de Tommy s’était éteint, tout comme celui de Jordan Maguire. Raphael – ce héros ! – avait aussitôt possédé Tommy pour lui sauver la vie. Et donc, bien que j’aie exorcisé le démon qui avait possédé Tommy à l’origine, Tommy était destiné à héberger un démon pour le restant de ses jours.

— Je suis vraiment désolée, dis-je à Claudia quand Raphael eut fini de parler.

Les yeux cernés de rouge de Claudia brillaient de larmes mais elle parvint à m’adresser un sourire fragile.

— Ne le soyez pas, dit-elle. Vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir et je suis certaine que Tommy est entre de bien meilleures mains maintenant avec votre ami.

Ma nausée de la veille ne s’était pas apaisée et je suffoquai presque à l’idée que les mains de Raphael puissent être meilleures que celles de n’importe qui d’autre.

— Si vous n’aviez pas été là, poursuivit Claudia, cet horrible démon serait toujours dans le corps de Tommy, et les filles et moi serions probablement mortes. Je ne vous remercierai jamais assez pour tout ce que vous avez fait pour nous !

J’aurais aimé disparaître sous terre. Voilà qu’elle me remerciait, alors que j’avais volontairement sacrifié son fils pour sauver mon frère. Je restai assise là, à étouffer de culpabilité, incapable du moindre mot ni même d’affronter son regard.

— Eh, vas-y mollo sur l’autoflagellation, me dit Raphael quand nous retournâmes au tas de boue de Tommy. Je ne te l’ai pas dit plus tôt, parce que j’ai pensé que tu ne me croirais pas et je suppose que tu ne me croiras toujours pas. Mais cette lignée est truffée de gènes cancéreux et ce serait une pagaille monstre dans le corps de Tommy s’il n’hébergeait pas un démon qui puisse maîtriser le cancer. Il avait déjà quelques tumeurs. Trop petites pour être dangereuses mais encore quelques mois…

Je regardai droit devant moi au travers du pare-brise.

— Tu as raison. Je ne te crois pas.

 

Une semaine plus tard, le Conseil de Lugh sur la Plaine des mortels se rassembla dans le sous-sol de la maison d’Adam et Dominic. Ce Conseil était composé de moi, d’Adam, de Dominic, de Raphael, d’Andy… et de Brian.

Nous avions eu une petite dispute au sujet du fait que je ne l’avais pas tenu informé quand Raphael et moi étions partis en mission dangereuse de sauvetage. Étant encore malade des effets secondaires dus aux prises de contrôle de Lugh, j’étais dans un tel état de faiblesse que j’admis que j’aurais dû tout lui dire. Dans un accès d’imprudence, je l’avais ensuite convié à rejoindre le Conseil royal.

Si nous comptions rester ensemble, il était inévitable qu’il fasse partie de ce Conseil. Et en dépit d’un tas d’obstacles et d’ennuis qui n’étaient pas près de disparaître, nous n’étions pas près de nous quitter.

Il se passa beaucoup de choses dans la semaine qui suivit le sauvetage des fillettes Brewster. Le Comité d’exorcisme des États-Unis m’avait suspendue en attendant le résultat d’une enquête sur d’éventuelles fautes commises lors de l’exorcisme de Jordan Maguire. C’étaient des conneries, ils le savaient, mais Jordan Maguire Sr était assez riche pour les faire valser sur sa petite chansonnette tordue. De plus, mon nom avait déjà été associé à un exorcisme illégal par le passé et, bien que les charges aient été abandonnées, je suis certaine que cela avait dû faire frétiller quelques sourcils. Ils agissaient selon la méthode du « mieux vaut prévenir que guérir ».

J’avais reçu trois autres menaces de mort sur mon répondeur bien que jusqu’à présent personne n’ait tenté de les mettre à exécution.

Et j’avais eu confirmation que personne du nom de Barbara Paige ne travaillait pour le Philadelphia Inquirer. J’espérais que cela signifiait qu’elle appartenait à un quelconque service de police – ce qui n’était pas bon pour moi, mais je pouvais au moins gérer cette situation. Après quelques recherches, Adam n’avait trouvé aucune preuve qu’elle travaillait pour la police ou le FBI.

J’avais la mauvaise intuition que je n’en avais pas fini avec la journaliste Barbie, qui qu’elle puisse être. Et je ne pensais pas qu’elle était de mon côté. Je ne pouvais m’empêcher de me demander s’il existait un lien entre la mort de Jordan Maguire, les menaces de mort sur mon répondeur et la soudaine apparition de la journaliste Barbie dans le tableau. Je n’aimais pas ce que cela pouvait impliquer.

Mais tous ces problèmes étaient dérisoires comparés à cette réunion plutôt déplaisante du Conseil de Lugh. Parce que, vous voyez, nous étions sur le point de faire quelque chose qui n’était pas moral, j’en étais convaincue. Brian était totalement d’accord avec moi, mais nous étions les seuls à avoir un avis différent. Je ne pense pas que cette idée ravissait Andy mais il ne discuta pas vraiment. Depuis son retour, il était effacé et anormalement tranquille et je n’étais pas encore parvenue à le tirer hors de chez lui. Quand je lui demandais ce qui n’allait pas, il me répondait invariablement de cette façon typiquement masculine : « Rien. Tout va bien. »

Brian et moi aurions pu rester en dehors de tout ça en boycottant cette réunion. Mais comme nous ne pourrions rien empêcher, mieux valait être au moins témoins de cette réalité. Nous nous retrouvâmes donc dans ce sous-sol, complices des autres membres du Conseil de Lugh sans être d’accord avec eux.

Nous avions chacun une bougie rouge sang et c’était là la seule source de lumière de la pièce. Nous étions assis en cercle mais nous ne nous tenions pas la main ou autre chose dans le genre.

Au centre du cercle, Dick reposait sur le dos, les mains rassemblées à mi-corps. Son visage affichait une expression de joie presque béate. L’espoir semblait s’échapper de son corps par vagues.

Je clignai des yeux pour retenir la naissance de larmes. L’espoir de Dick rendait la situation encore plus difficile. Il n’avait pas fallu plus de dix minutes de discussion avec lui pour comprendre que, selon les critères légaux, il n’était pas capable de prendre une telle décision. Aucun de nous n’était psychologue mais on n’avait pas besoin d’être un génie pour comprendre que Dick avait la maturité émotionnelle et intellectuelle d’un enfant.

Il n’avait pas été éduqué. On ne lui avait appris aucune compétence sociale. Il n’avait pas été en contact avec d’autres êtres humains non possédés. Et on lui avait répété depuis sa naissance qu’il n’était qu’un vaisseau vide destiné à être rempli par un démon, une fois son corps arrivé à maturité. Évidemment, si on lui demandait s’il acceptait de devenir l’hôte du démon Saul, il dirait « oui ».

J’avais essayé de faire valoir des arguments calmes et rationnels. Il ne m’avait pas fallu longtemps avant de passer aux cris et aux invectives. Mais d’après Adam, Dom et Lugh, il semblait qu’ils avaient trouvé un hôte idéal pour Saul. Quand j’avais questionné Dominic sur la façon dont son ancien démon malsain et masochiste allait traiter le pauvre Dick mentalement déficient, il avait repoussé mes inquiétudes.

— Saul prendra bien soin de lui, avait insisté Dom.

J’avais eu envie de le gifler.

— Si Saul est un saint, alors pourquoi Lugh s’inquiétait-il de pouvoir lui trouver un hôte compatible ? demandai-je.

Dominic me lança un regard dur.

— Parce qu’il y a pas mal de gens qui portent un jugement catégorique sur les pratiques SM et Saul ne se serait pas entendu avec ce genre de personnes tout comme ce genre de personnes n’aurait pas apprécié lui servir d’hôte.

— Et tu penses que Dick est porté sur le SM ? criai-je.

— Non. Je crois qu’on n’a jamais appris à Dick à considérer ça comme des pratiques malsaines ou déviantes, alors cela ne le dérangera pas comme cela pourrait déranger certains individus. (Pas besoin de demander de qui il parlait.) Et tout comme Saul me protégeait de la douleur quand les choses devenaient trop violentes pour moi, il protégera Dick. Il est vraiment capable de compassion.

J’étais parvenue à mettre un terme à la dispute, parce qu’il était clair, même pour une mule obstinée telle que moi, que je n’allais pas faire changer Dom d’avis.

J’avais supposé que pour lancer le rituel, on allait me demander de laisser Lugh prendre le contrôle afin qu’il puisse livrer à Dick le Nom véritable de Saul pour l’incantation. Bien sûr, j’étais tentée de refuser mais ni Raphael ni Adam n’aurait hésité à m’assommer afin que Lugh puisse prendre les commandes sans ma permission.

Pourtant, quand le rituel commença, mes suppositions se révélèrent fausses. Raphael posa sa bougie et brisa le cercle pour s’agenouiller par terre près de Dick. Puis il se pencha pour lui murmurer à l’oreille avant de se redresser et de hausser les sourcils en le regardant.

— Tu as compris ? demanda-t-il.

Souriant toujours comme si c’était le plus beau jour de sa vie, Dick acquiesça. Raphael retourna à sa place et reprit sa bougie. Je n’avais aucune idée de ce qui allait se produire ensuite. Habituellement, les incantations ne sont pratiquées que par le cercle restreint de la Société de l’esprit, si bien que je n’ai jamais rien eu à y faire.

Je m’attendais qu’il y ait des chants et d’autres salamalecs dans le même genre. Après tout, la Société de l’esprit adore les rituels et les cérémonies. Encore une fois, nous n’étions pas la Société de l’esprit.

Au centre du cercle, Dick se mit à chuchoter si bas que je ne distinguai rien de plus qu’un sifflement. Bien que je ne puisse comprendre les mots qu’il prononçait, il y avait indéniablement un rythme à ses paroles et je compris qu’il répétait sa litanie trois fois de suite.

Pas de tintements de clochettes. Pas d’éclairs de lumière. Il n’y eut pas de baragouinage en une langue inconnue ni la sensation d’une quelconque présence malveillante. C’était presque décevant.

Après la troisième répétition du chant, Dick resta silencieux. Quelques secondes plus tard, il cligna des yeux et je vis aussitôt qu’il ne s’agissait plus de Dick. L’expression vide et ahurie avait disparu. Bien que cela puisse relever totalement de mon imagination, j’eus le sentiment de déceler une vive intelligence dans ces yeux autrefois ternes.

Le démon Saul se redressa en position assise et regarda autour de lui. Il eut un large sourire en voyant Adam puis parut étonné quand ses yeux se posèrent sur Dominic.

— Beaucoup de choses ont changé depuis que tu as quitté la Plaine des mortels, mon ami, dit Adam. Et, oui, Dom sait que c’est toi.

Il passa le bras autour des épaules de Dominic dans un geste possessif.

Je suppose que Saul l’interpréta de la même façon. Il haussa un sourcil puis décida de laisser cette interrogation en suspens pour le moment. Il continua à scruter le reste du cercle, prenant une mine renfrognée quand il me vit, mais il ne sembla reconnaître personne d’autre.

— Bon retour sur la Plaine des mortels, dit Raphael avec un sourire étrangement ironique.

Saul tourna son attention vers lui, le détaillant de la tête aux pieds avant de hausser les épaules.

— Je suis censé te connaître ?

— J’ai l’air un peu différent que la dernière fois où l’on s’est croisés.

Saul plissa les yeux.

— Qui es-tu ? demanda-t-il.

Raphael soupira.

— Cela t’aiderait si je te disais que c’est moi qui ai donné ton Nom véritable à ton hôte ?

Saul se leva aussitôt et nous fîmes instinctivement de même.

— Tu peux m’expliquer ce qui se passe ? demandai-je à Lugh.

— Je crois que tu vas comprendre, répondit-il d’une voix lugubre.

Saul, raide au centre du cercle, les poings serrés de part et d’autre de son corps, observait Raphael. Je pense qu’il avait oublié notre présence.

— Je t’en prie, dis-moi que tu es Lugh ! dit Saul.

Raphael eut un sourire tendu. Quoi qu’il se passe, il n’avait pas l’air d’apprécier.

— Tu voudrais que je te mente ?

— Pourquoi pas ? ricana Saul. Le mensonge est une de tes grandes compétences ! (Il se tourna subitement vers Adam, qui se tenait presque derrière lui.) Et tu t’es allié à lui ? demanda-t-il avec colère. Je n’aurais jamais cru…

— Oui, je suis son allié, l’interrompit Adam. Mais crois-le ou pas, il est aussi allié à Lugh. Il semblerait que son allégeance à Dougal était un autre de ses mensonges.

Raphael éclata de rire.

— Je ne l’ai jamais envisagé comme ça mais je suppose que tu as raison, dit-il. (Saul n’avait pas l’air plus ravi pour autant.) Mais vas-y ! lança Raphael sur un ton de fausse joie. Pourquoi ne dis-tu pas à tout le monde pourquoi tu as si peu d’estime pour moi ? Dis-leur qui je suis pour connaître ton Nom véritable.

Une drôle de prémonition fourmilla à l’orée de mon esprit. Je n’étais jamais parvenu à savoir pourquoi Saul avait un Nom véritable. Lugh m’avait dit que les Noms véritables étaient donnés aux démons extraordinaires. Et apparemment, un des synonymes de « extraordinaire » était « royal ».

Les lèvres de Saul se tordirent en un rictus découvrant ses dents.

— Tu n’es rien pour moi !

Raphael prit l’air blessé mais c’était pour camoufler une véritable douleur.

— J’aurais dû te prénommer Luke, dit-il avant de se racler bruyamment la gorge et de poursuivre avec une voix de Dark Vador terrifiante : Saul, je suis ton père.

Parfois je déteste avoir raison.

— Une minute, dis-je, comprenant qu’en dépit de ma prémonition, cette révélation ne tenait pas debout.

Je pointai un doigt accusateur vers Saul.

— Je t’ai exorcisé. Tout le monde ne cesse de me dire que je ne suis pas assez puissante pour exorciser un démon royal.

Saul commença à répondre mais Raphael l’interrompit.

— Ne lui donne pas l’occasion de parler de mes défauts de père, dit-il. Cela va nous prendre la journée et il peut être très fatigant.

— La mère de Saul n’était pas royale, me dit Lugh. Raphael aurait pu léguer à son fils une partie de son pouvoir à sa conception mais il en a décidé autrement. Quand même, je doute que tu aurais pu exorciser Saul s’il s’était défendu. Et je doute qu’un autre exorciste aurait pu y arriver tout simplement.

J’allais avoir besoin que Lugh me donne un cours sur la reproduction des démons. Mais ce n’était pas le moment. Saul s’était rapproché de Raphael et ce n’était certainement pas dans la perspective d’une étreinte filiale.

— Laissez-moi bien comprendre, dis-je avant que la situation tourne au carnage. (Je désignai Saul.) Tu détestes Raphael parce que c’est un mauvais père. Je déteste Raphael parce que… eh bien, parce que c’est Raphael. Brian et moi sommes en colère que vous ayez pu laisser un simple d’esprit se faire posséder. Adam est en colère contre moi pour pas mal de raisons et c’est réciproque. Andy fait partie du club « Nous détestons Raphael », et il m’en veut soit pour avoir laissé Raphael le posséder une seconde fois, soit pour avoir sacrifié Tommy Brewster afin de le sauver lui, ou peut-être pour ces deux raisons. Et nous sommes supposés mettre tous ces différends de côté et travailler ensemble en tant qu’équipe pour faire accéder Lugh au trône ?

Je sentis qu’une de ces crises de rire hystérique était en train de monter mais je réussis à l’étouffer. Je secouai la tête.

— Nous aurons déjà beaucoup de chance de sortir de ce sous-sol sans répandre un bain de sang.

Le destin de toute la race humaine repose sur la capacité de ce Conseil d’inadaptés en colère et en désaccord à travailler ensemble, à être honnêtes les uns envers les autres et à se protéger mutuellement. Soyons clairs.

Nous sommes fichus.

 

Fin du tome 3



[1] Voiture de luxe de marque Lincoln ou Cadillac des années 1970-1980, customisée dans un style tapageur.

Confiance Aveugle
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